Décryptage 13 juin 2026 ⏱️ 9 min de lecture

Greenwashing, allégations, influence : qui paie quand la pub est sanctionnée ?

Une mention « éco-responsable » non justifiée, un placement de produit non signalé : décryptage des nouvelles règles publicitaires et de la responsabilité réelle de l'agence.

Par Sami Hami Courtier responsable · ORIAS 22001730
⚡ L'essentiel
  • La pratique commerciale trompeuse est un délit (articles L.121-2 et suivants du Code de la consommation) sanctionné par la DGCCRF, jusqu'à 80 % des dépenses de campagne d'amende.
  • La loi Climat de 2021 et la loi influence du 9 juin 2023 ont durci l'encadrement des allégations environnementales et des partenariats rémunérés.
  • L'ARPP est une autorité déontologique : elle ne sanctionne pas pénalement, mais ses avis pèsent et un visuel retoqué doit être retiré.
  • La RC Pro couvre les conséquences financières et la défense de l'agence lorsque sa faute de conception engage sa responsabilité envers l'annonceur.

Trois autorités, trois logiques à ne pas confondre

Quand on parle de « pub interdite », on mélange souvent des régimes très différents. Pour une agence, comprendre qui contrôle quoi est la base de la maîtrise du risque.

  • La DGCCRF (répression des fraudes) applique le Code de la consommation. Elle traque la pratique commerciale trompeuse, qui est un délit. C'est le risque le plus lourd, avec des amendes potentiellement massives.
  • L'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) est un organisme d'autodiscipline de la profession. Elle émet des recommandations déontologiques et des avis avant diffusion. Elle ne condamne pas pénalement, mais un avis défavorable ou une intervention du Jury de déontologie publicitaire (JDP) oblige en pratique à retirer ou modifier la campagne.
  • Le juge civil intervient quand un concurrent s'estime lésé (dénigrement, publicité comparative illicite) ou quand votre client se retourne contre vous.

Une même campagne peut déclencher ces trois fronts à la fois. L'agence est en première ligne car c'est elle qui a conçu le message.

La pratique commerciale trompeuse : le délit qui fait mal

L'article L.121-2 du Code de la consommation définit la pratique commerciale trompeuse de façon large : est trompeuse toute communication qui repose sur des allégations fausses ou de nature à induire en erreur sur les caractéristiques essentielles d'un produit ou service — disponibilité, composition, résultats attendus, prix, origine.

Les sanctions sont dissuasives. L'amende peut atteindre 300 000 € pour une personne physique, être portée à un pourcentage du chiffre d'affaires de l'annonceur, ou — disposition particulièrement redoutée — être fixée à hauteur de 80 % des dépenses engagées pour la campagne litigieuse. Pour une grande campagne média, cela représente des montants considérables.

Le message publicitaire engage celui qui le diffuse, mais aussi celui qui l'a conçu. Une agence ne peut pas se réfugier derrière « c'est le client qui a validé ».

En cas de doute sur une affirmation, le réflexe professionnel est de demander à l'annonceur les éléments de preuve (tests, études, certifications) et de les conserver. C'est le substantiation, et son absence est souvent ce qui transforme une formule audacieuse en infraction.

Allégations environnementales : le terrain le plus miné

Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, le greenwashing est explicitement dans le viseur. Affirmer qu'un produit est « neutre en carbone », « écologique », « bon pour la planète » sans justification rigoureuse expose à des sanctions au titre de la pratique commerciale trompeuse, avec des règles spécifiques d'affichage et de preuve.

Les formulations à manier avec une extrême prudence sont devenues nombreuses :

  • Les termes absolus non démontrés : « 100 % naturel », « zéro impact », « propre ».
  • Les allégations de neutralité carbone, désormais très encadrées et qui exigent une méthodologie publiée.
  • Les visuels suggestifs (feuilles, planète, couleur verte) qui laissent entendre un bénéfice écologique sans le prouver.

L'ARPP a renforcé sa recommandation « Développement durable » et le JDP est régulièrement saisi sur ces sujets. Une agence qui propose un message vert à un client a tout intérêt à documenter l'allégation autant qu'à la rédiger.

Marketing d'influence : la loi de 2023 a changé les règles

La loi du 9 juin 2023 encadrant l'influence commerciale a profondément modifié le travail des agences qui orchestrent des partenariats avec des créateurs de contenu. Désormais, plusieurs obligations s'imposent et engagent toute la chaîne :

  • Toute collaboration commerciale doit être signalée de façon claire par la mention « publicité » ou « collaboration commerciale », lisible pendant toute la communication.
  • Les images retouchées ou générées par IA doivent être identifiées comme telles.
  • La promotion de certains produits et services (chirurgie esthétique, produits financiers risqués, paris…) est restreinte ou interdite.
  • Le contrat écrit entre annonceur, agence et influenceur est obligatoire au-delà d'un certain seuil.

Point crucial pour les agences : la loi prévoit une responsabilité solidaire entre l'annonceur, l'agence et l'influenceur. Si la campagne enfreint les règles, l'agence d'influence peut être tenue responsable au même titre que le créateur. Le rôle d'intermédiaire ne protège pas — il expose.

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Le vrai mécanisme de responsabilité de l'agence

Reste la question centrale : quand l'amende tombe ou que la campagne est retirée, qui paie ? La réponse dépend de l'origine de la faute.

Si l'annonceur a fourni des informations fausses (un chiffre, une certification inexistante) et que l'agence ne pouvait raisonnablement les vérifier, la responsabilité pèse d'abord sur le client. En revanche, si l'agence a conçu un message qu'elle savait ou aurait dû savoir non conforme — allégation invérifiable, mention légale manquante, signalement d'influence omis — sa faute professionnelle est engagée, et l'annonceur sanctionné se retourne contre elle pour obtenir réparation du préjudice (amende répercutée, retrait de campagne, perte d'image).

C'est exactement le terrain de la garantie faute, erreur, omission de la RC Pro agence de communication. Elle couvre les conséquences pécuniaires d'une faute de conseil ou de conception, les dommages immatériels subis par le client, et vos frais de défense face à une action contentieuse ou réglementaire.

Cinq réflexes pour sécuriser chaque campagne

La conformité publicitaire se construit en amont, pas après la mise en demeure :

  1. Exigez les preuves de toute allégation (résultats, composition, certifications) et conservez-les par écrit.
  2. Soumettez à l'ARPP les campagnes sensibles (avis avant diffusion), particulièrement les messages environnementaux et les secteurs réglementés.
  3. Encadrez l'influence par contrat : mentions obligatoires, signalement, produits autorisés, responsabilités de chacun.
  4. Tracez les validations client : un échange écrit qui montre que l'annonceur a fourni et validé une donnée déplace la responsabilité.
  5. Assurez-vous : la RC Pro est le filet quand, malgré tout, un message passe entre les mailles.

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Questions fréquentes

La pratique commerciale trompeuse est un délit. L'amende peut atteindre 300 000 € pour une personne physique, être portée à un pourcentage du chiffre d'affaires, ou être fixée à hauteur de 80 % des dépenses engagées pour la campagne litigieuse. Des peines complémentaires (retrait, publication du jugement) sont possibles.

Non. L'ARPP est un organisme d'autodiscipline professionnelle : elle émet des recommandations déontologiques et des avis. Un avis défavorable ou une décision du Jury de déontologie publicitaire n'est pas une sanction pénale, mais oblige en pratique à retirer ou modifier la campagne.

Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, les allégations environnementales sont strictement encadrées. Les termes absolus (« 100 % naturel »), la neutralité carbone et les visuels suggestifs non justifiés peuvent constituer une pratique commerciale trompeuse. L'allégation doit être documentée et prouvée.

Oui, potentiellement. La loi du 9 juin 2023 prévoit une responsabilité solidaire entre annonceur, agence et influenceur. Si une campagne enfreint les obligations (signalement, mentions, produits interdits), l'agence peut être tenue responsable au même titre que le créateur.

La RC Pro ne paie pas une amende pénale personnelle, mais elle couvre les conséquences civiles d'une faute de conception ou de conseil : préjudice répercuté par l'annonceur, retrait de campagne, dommages immatériels et frais de défense face à une action contentieuse. La garantie faute, erreur, omission est centrale ici.

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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.