Feu, lames, animaux : ce que la loi impose au magicien
Cracher du feu dans un restaurant, manipuler une lame face au public, faire intervenir un lapin ou un serpent : chaque accessoire à risque déclenche une obligation légale. Tour d'horizon de ce que la loi impose vraiment.
- Un numéro à risque non déclaré à l'assureur revient à jouer sans assurance : la garantie tombe en cas de sinistre.
- Les numéros de feu en intérieur sont soumis au Code de la construction et de l'habitation et aux règlements ERP, avec autorisation préalable du gestionnaire de l'établissement.
- Les animaux dans un spectacle relèvent de l'arrêté du 25 avril 2017 et d'un certificat de capacité pour certaines espèces.
- Le mentalisme avec contact physique requiert des précautions juridiques spécifiques, notamment l'absence d'allégation thérapeutique.
Le principe : tout numéro à risque doit être déclaré nominativement
L'erreur la plus coûteuse pour un magicien français est de souscrire une RC Pro standard sans détailler les numéros pratiqués. L'assureur émet alors une attestation générique. Tant qu'il n'y a pas d'incident, tout va bien. Le jour du sinistre, la compagnie examine les conditions particulières du contrat et constate que le numéro de feu, de lames ou avec animaux n'a jamais été déclaré.
Le résultat est mécanique : déchéance de garantie pour aggravation non déclarée du risque (article L.113-2 du Code des assurances). Vous payez tout, sur fonds propres.
La règle pratique est simple. Tout numéro qui implique l'un des éléments suivants doit figurer noir sur blanc dans votre déclaration de risque :
- Une source de chaleur ouverte (flamme, étincelle, pyrotechnie)
- Un objet tranchant manipulé à proximité du public ou d'un assistant
- Un animal vivant, quelle que soit l'espèce
- Un contact physique direct avec un spectateur (hypnose, mentalisme, lévitation assistée)
- Une manipulation au-dessus d'un public placé en dessous (suspension, lâcher d'objets)
Numéros de feu : ERP, autorisation, distance de sécurité
Le numéro de feu est encadré par plusieurs strates réglementaires en France. Trois textes s'appliquent en cascade dès qu'il y a flamme nue en public :
- Le règlement de sécurité contre les risques d'incendie dans les ERP (arrêté du 25 juin 1980 modifié) : tout spectacle avec effets pyrotechniques ou flammes en ERP de type L, P, N, O, S ou T doit faire l'objet d'une autorisation écrite de l'exploitant de l'établissement.
- Le Code du travail : si vous intervenez sur un événement d'entreprise, votre prestation entre dans le périmètre de la prévention des risques professionnels, ce qui impose un document de coordination quand vous êtes plusieurs intervenants.
- Les arrêtés municipaux : certaines villes imposent un avis préalable du service prévention pour les spectacles avec feu, même en intérieur.
Concrètement, pour un numéro de cracheur de feu en restaurant :
- Demandez et conservez par écrit l'autorisation du gestionnaire de l'établissement.
- Vérifiez la présence d'une couverture anti-feu accessible en moins de 5 secondes.
- Respectez une distance minimale de 3 mètres avec le public le plus proche et 2 mètres avec tout plafond ou poutre basse.
- Utilisez exclusivement un combustible alimentaire (lampant déparaffiné), jamais d'essence ni d'alcool à brûler classique.
- Déclarez le numéro à votre assureur RC Pro avec mention du combustible et de la fréquence annuelle.
Lames et accessoires tranchants : le piège du close-up
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas le numéro de scène avec sabre qui pose le plus de problèmes. C'est le close-up avec lame, parce que la distance avec le spectateur est inférieure à un mètre et qu'aucune autorisation préalable n'est demandée.
Un tour classique de carte « coupée en deux » avec une lame de cutter, exécuté dans un bar, peut entraîner une coupure superficielle au doigt d'un spectateur. Le préjudice est faible (5 à 8 jours d'arrêt pour un salarié, soit environ 800 à 1 200 € d'indemnités), mais la responsabilité civile est totale.
La règle juridique : la manipulation d'un objet tranchant à proximité immédiate du public crée une obligation renforcée de sécurité. Le simple fait que l'objet soit professionnel et acheté dans le commerce ne vous exonère pas.
Trois précautions concrètes :
- Ne demandez jamais au spectateur de tenir lui-même la lame, sauf à protéger ses doigts par un manche prévu à cet effet.
- Maintenez toujours un point de contact entre la lame et votre main pendant la phase de manipulation près du public.
- Faites figurer « manipulation d'accessoires tranchants en proximité publique » dans votre déclaration de risque.
Animaux dans le numéro : certificat de capacité et arrêté de 2017
L'utilisation d'animaux dans un spectacle est l'un des terrains les plus réglementés de la magie. L'arrêté du 25 avril 2017 fixe le cadre national pour les animaux d'espèces non domestiques détenus dans un cirque ou un spectacle itinérant.
Le point clé pour un magicien : la distinction entre animal domestique (lapin, colombe, chien, chat) et animal non domestique (serpent, furet, rongeurs exotiques, rapaces). Cette distinction conditionne les obligations.
Pour les animaux domestiques :
- Pas de certificat de capacité requis pour la simple présentation dans un spectacle.
- Obligation générale de respect du bien-être animal (article L.214-1 du Code rural).
- Carnet de santé et vaccinations à jour à présenter sur demande de l'organisateur.
Pour les animaux non domestiques :
- Certificat de capacité obligatoire pour la détention et la présentation, délivré par la préfecture.
- Autorisation préfectorale d'ouverture d'établissement, même mobile.
- Marquage et identification individuelle de chaque animal.
La loi du 30 novembre 2021 a par ailleurs interdit l'utilisation de certaines espèces sauvages dans les cirques itinérants, avec extension progressive. Vérifiez la liste à jour avant tout investissement dans un nouveau numéro.
Côté assurance, les incidents avec animaux représentent l'un des postes les plus déclarés. Un lapin qui mord un enfant, une colombe qui s'échappe et casse un lustre, un serpent qui terrifie un convive sujet à une crise de panique : tous sont des sinistres réels. La déclaration précise de l'espèce utilisée à l'assureur est non négociable.
Mentalisme et hypnose : la frontière thérapeutique à ne pas franchir
Le mentalisme et l'hypnose de spectacle posent une question juridique spécifique, indépendante de la sécurité physique : la frontière avec l'exercice illégal de la médecine ou de la psychologie.
Tant que vous présentez l'hypnose comme un effet de spectacle, vous êtes dans votre droit. Dès que vous prétendez soigner, soulager un trouble, aider à arrêter de fumer ou perdre du poids pendant votre numéro, vous basculez dans la pratique thérapeutique, qui est réservée aux professionnels de santé enregistrés.
La règle pratique :
- Tout discours d'effet bénéfique sur la santé du spectateur est à proscrire dans votre numéro, votre site, vos plaquettes commerciales.
- L'autorisation préalable écrite du spectateur participant à un numéro d'hypnose est une bonne pratique, même si la jurisprudence ne l'impose pas formellement.
- Si un spectateur révèle pendant le numéro un trouble psychologique ou un antécédent de crise, interrompez immédiatement.
« L'hypnose de spectacle est un genre artistique légitime. Mais le moindre glissement vers une promesse thérapeutique transforme la prestation en exercice illégal d'une profession protégée. »
Déclarer correctement ses numéros : la checklist en 6 points
Pour que votre RC Pro couvre réellement votre activité, votre déclaration de risque doit comporter au minimum :
- La liste exhaustive des numéros pratiqués, par catégorie (close-up, scène, mentalisme, illusionnisme grand format).
- Les accessoires à risque manipulés avec mention explicite : feu, lames, projectiles, suspensions.
- Les animaux utilisés, par espèce et nombre.
- Les lieux types d'intervention : événementiel privé, restaurant, salle de spectacle, école, hôpital, croisière, plein air.
- La typologie de public : adultes, mixte, enfants seuls, public en situation de handicap.
- Le chiffre d'affaires annuel prévisionnel, qui détermine le niveau de prime.
Toute modification significative en cours d'année (ajout d'un numéro de feu, acquisition d'un nouvel animal, ouverture d'une activité grand public sur scène) doit faire l'objet d'un avenant écrit. Consultez la fiche RC Pro magicien pour les modalités précises de déclaration et les tarifs associés.
Questions fréquentes
Non. La garantie responsabilité civile vie privée d'un contrat MRH exclut systématiquement les activités professionnelles ou semi-professionnelles rémunérées. Dès la première prestation payée, même symbolique, vous avez besoin d'une RC Pro.
Le close-up sans accessoire dangereux ni contact physique appuyé est couvert par la déclaration générique « magie de proximité ». En revanche, dès que vous ajoutez une lame, du feu, ou que vous touchez le spectateur, vous devez déclarer le numéro nommément.
Si un sinistre survient sur ce numéro improvisé, l'assureur peut invoquer la non-déclaration et refuser sa garantie. Le risque est total. Mieux vaut prévoir une déclaration large couvrant l'ensemble du répertoire et refacturer les ajouts spécifiques.
Juridiquement, c'est l'exploitant de l'établissement qui détient la responsabilité globale, mais l'artiste reste co-responsable pour son numéro. Faites-vous remettre par écrit l'autorisation d'utilisation de flammes ouvertes avant la prestation.
C'est possible mais à éviter sans cadrage juridique précis. La responsabilité de la garde de l'animal vous incombe pendant la durée du numéro, avec les conséquences associées en cas de morsure, fuite ou décès de l'animal.
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Article rédigé et vérifié par l'équipe Insurio — Tutassûr, courtier en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 22001730. Information à caractère général ne se substituant pas aux conditions de votre contrat.